samedi 2 juillet 2016

Lectures tricotesques

Comme je vous l'annonçais dans mon billet sur New York, j'ai profité de mon séjour pour bouquiner tricot, entre autres.
Deux ouvrages bien différents dont je m'en vais vous parler aujourd'hui.

D'abord, une lecture dont je me réjouissais par avance: Knitlandia, de Clara Parkes.




J'ai attendu d'être dans le pays pour me procurer le livre et le bouquiner là-bas. Lire et tricoter étant mes deux activités préférées de tous les temps, lire sur le tricot me met généralement dans un état proche de l'extase. Par ailleurs, ce sont deux plaisirs qui se marient particulièrement bien avec le voyage, autant dire que j'étais pas loin de nager dans le bonheur.
J'avais beaucoup aimé le précédent livre de Clara, The Yarn Whisperer - j'en avais parlé ici - et le sous-tire de ce nouvel opus m'avait mis l'eau à la bouche: "A knitter sees the world" (une tricoteuse voit du pays). Le tricot, l'écriture, le voyage, j'étais déjà complètement conquise.
J'ai donc entamé ma lecture avec enthousiasme, puis un peu moins d'élan, puis avec un peu d'ennui jusqu'à atteindre franchement le stade de la déception.
Dans ce livre, Clara Parkes (qui est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la laine et le tricot, qui anime le blog fondateur Knitter's Review et fait partie des premières tricoteuses américaines à s'être fait connaître au moment de l'avènement des blogs) nous raconte ses voyages à travers les Etats-Unis et quelques pays d'Europe à l'occasion de diverses rencontres/salons/événements autour du tricot. Nous la suivons donc de New York à Rekjavik en passant par Paris, Edinburgh et tout un tas de villes américaines.

Elle nous raconte... hé ben elle nous raconte toujours un peu la même chose, malheureusement: l'impatience quasi hystérique des tricoteuses attendant l'ouverture du salon, les files d'attente, les moments partagés, les friandises, les laines, les friandises, les vendeurs, les friandises, les vendeurs. Hormis les chapitres dédiés aux villes d'Europe qui sont un peu différents (mais même son aventure en Islande a réussi à ne pas me convaincre), ce qui m'a déplu, c'est que j'ai eu l'impression de déambuler dans un vaste centre commercial de tricot où on se dispute les échevaux tout en bâfrant des doughnuts. Je n'ai pas du tout retrouvé l'atmosphère intimiste qui m'avait plu dans son précédent livre. Là, j'ai plutôt eu l'impression de me retrouver face à un catalogue publicitaire pour les vendeurs de laine et les trucs frits. Par ailleurs, j'ai eu la sensation écœurante que le monde du tricot américain était un gros business comme un autre avec ses stars, ses campagnes de pub, ses personnages influents... et ça m'a profondément déplu.

L'autre lecture, elle, m'a bien plus emballée.
Il s'agit d'un livre que j'ai passé pas mal de temps à lire/feuilleter au fameux café-librairie de Housing Works dont je parlais l'autre jour: No Idle Hands, the Social History of American Knitting, par Anne L. Macdonald.


C'est un livre historique hyper documenté sur la place du tricot dans la société américaine depuis le 18ème siècle jusqu'à nos jours (en fait jusqu'aux années 80, date de publication du livre). Franchement, ça ne vous fait peut-être pas rêver présenté comme ça, mais ce livre est une mine. L'introduction est assez amusante: l'auteur nous fait part d'une grande étude menée auprès des femmes américaines afin savoir de savoir pourquoi elles tricotaient. L'auteur a reçu une tonne de courrier (nous sommes à une époque anté-numérique) de femmes de tous les âges et on y trouve toutes sortes de réponse: pour m'occuper, pour nourrir mon addiction, pour ne pas avoir à écouter mon mari, pour habiller ma famille, pour le plaisir de croiser des couleurs, etc. C'est amusant et émouvant à la fois.
Ensuite, les chapitres évoluent de façon chronologique, retraçant l'histoire sociale du pays par le prisme du tricot.  Je n'ai pas pu tout lire, mais j'ai passé quelques excellents moments en sa compagnie.
À bon entendeur pour ceux d'entre vous qui lisent l'anglais (les éditeurs n'ayant pas encore compris que le tricot est la niche lucrative de demain!)

Enfin, je ne peux pas terminer ce billet livresque sans une pensée émue pour Yves Bonnefoy - poète, traducteur et bien plus encore - disparu vendredi à 93 ans, qui aura écrit inlassablement jusqu'au bout et sans qui je ne serais pas exactement là où je suis aujourd'hui.


Yves Bonnefoy qui, on ne le sait pas assez, nous parlait aussi... de TRICOT! Oui oui, voyez ce qu'il nous disait dans "L'adieu", poème de Ce qui fut sans lumière:

"Tout est toujours à remailler du monde
Le paradis est épars je le sais,
C'est la tâche terrestre d'en reconnaître
Les fleurs disséminées dans l'herbe pauvre"

Je venais justement de terminer il y a quelques semaines son dernier livre tout juste paru, L'écharpe rouge (encore un tricot! Je pense que je tiens un sujet de thèse...), magnifique plongée d'un vieux monsieur dans l'histoire de sa biographie et la genèse de son écriture. Si vous ne savez pas comment occuper votre pluvieux weekend...
Sur ce, je m'en vais remailler le monde en vous souhaitant une belle journée!

3 commentaires:

  1. Ah ! Que j'aime quand tu nous parles de lecture !

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  2. très intéressant tout ça! je suis comme toi, et associer tricot et lecture est pour moi le graal. Le livre audio + tricot = paradise!!

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