mercredi 21 décembre 2016

Ma robe d'hôtesse

Ouais, ça y est, je l'ai fait.
Je me suis tricoté une robe.




Si vous avez une super mémoire, vous me direz que j'avais déjà réalisé cet exploit il y a quelques années. C'est juste, mais comme cette première robe ne m'allait pas, je l'avais en toute amitié refourguée à une copine.
Or depuis un moment, j'avais envie de récidiver, avec un modèle tout simple, Ebb, de Brooklyn Tweed.
Par charité, je vous passe les six mois de tergiversation sur le choix des couleurs. Un beau jour, j'ai fini par me décider et j'ai passé commande directement sur le site de Holst Garn au Danemark. J'étais tellement en transe (non mais vraiment en transe, parfois je me dis que je dois avoir un problème pour que de la laine me mette dans cet état - et puis après je vais au café tricot et je me dis ouf, non en fait, c'est tout à fait banal comme attitude) tellement en transe donc et fidèle à mon passé de nulle en maths, que j'ai accidentellement commandé le double de la quantité nécessaire! Je me suis bien dit que c'était quand même un peu cher (c'est relatif, cette laine étant très bon marché), mais bon, après tout c'était une robe tricotée en fil double, une grosse pièce, une pièce majeure, c'était bien normal.
J'ai donc de quoi me tricoter le twin-set robe/cardigan assorti, l'écharpe, les collants, le body, la totale.



Honnêtement, j'en fais tout un foin de ce projet alors qu'en vrai c'est allé très vite. La Supersoft tricotée en double avec des aiguilles 5, c'est le pied. Ca monte vite, surtout quand on n'a que du jersey. Et l'alternance des couleurs est divertissante.
Enfin quand je dis que ça va vite... une fois que vous avez arrêté votre choix sur l'alternance de couleurs en question, bien sûr. Ouais, parce que le plus long dans tout ça, ça a été, une fois les pelotes reçues, de trouver la bonne combinaison. À l'origine, ce modèle est tricoté avec deux fils de couleurs différentes, de façon à créer un dégardé de chiné. Je vous dis pas le bordel! J'ai dû réaliser environ 276 échantillons, avec la participation active (et forcée...) de toute la brigade du café tricot. Malgré leurs efforts, j'ai dû me rendre à l'évidence: mon dégradé de chiné, c'était de la merde, ni plus ni moins.
J'ai donc jeté aux orties mes ambitions chinées pour miser sur la valeur sûre de l'uni, en me répétant qu'en tricot comme ailleurs, le plus simple est toujours le plus élégant.

Non, je n'ai toujours pas de talent pour la prise de vue...
Quelques points techniques au sujet du modèle:
D'abord et avant tout, permettez-moi de dire que je trouve les modèles de Brooklyn Tweed, tout charmants qu'ils soient, trop chers. 8-9 euros pour un patron de tricot, ça pique, surtout quand on s'est gouré dans sa commande laine et que ça nous a coûté deux fois plus cher, hein...
Le modèle se tricote de haut en bas et l'encolure est façonnée à l'aide de rangs raccourcis. J'ai vachement galéré sur cette étape, les rangs raccourcis étant un peu ma bête noire. J'ai défait 4 fois et j'ai donc gardé la 5e tentative, qui ne me satisfait pas entièrement mais tant pis. Je n'aime pas ce col qui roulotte et que je trouve trop ras du cou.
Une fois cette étape passée en revanche, ça a roulé sans problème. Du jersey fastoche, du tricot tout droit sans cintrage ni diminution.



Pour autant, j'ai témoigné un bien faible enthousiasme pendant toute la réalisation de ce projet. Ah ouais, j'étais désabusée. Si vous additionnez le temps passé à choisir les couleurs puis à les combiner ensemble puis à faire/défaire/refaire/redéfaire les rangs raccourcis, j'en étais déjà rendue à une petite année.
J'avais beau avancer, je trouvais ça assez moche, j'aimais plus les couleurs (c'était bien la peine de pinailler pendant 6 mois...), j'avais pas envie de la finir et pas envie de la porter (et na!). Je l'ai laissée traîner, je l'ai même carrément boudée, je l'avoue... ce qui nous a rajouté 3 mois de plus.



Finalement, je ne sais pas trop quoi en penser. Et puis au moment de l'essayage, j'ai eu une petite frayeur rapport à la construction des épaules qui m'a catapultée en un instant dans le clan des footballeurs américains.

Alors que je montrais la chose portée à mes amies tricoteuses et comme je leur confiais que je n'étais pas bien sûre d'oser l'exhiber en public, elles m'ont initiée au concept de "robe d'hôtesse" (comprenons-nous bien, le mot n'est pas à prendre au sens de "bar à hôtesses" - le bar avec des hôtesses court vêtues de vêtements en tricot, ça ne s'est encore jamais vu, étrangement - mais dans son acception plus conservatrice qui fleure bon le manuel du savoir-vivre féminin des années 50. Remarquez, je ne sais pas lequel des deux sens me rebute le plus, mais c'est un autre débat... )
La robe d'hôtesse, donc, ou robe d'intérieur, quoi. Ca a tout de suite fait remonter cette robe dans mon estime; forcément, quand on travaille chez soi, le vêtement d'intérieur revêt une importance capitale. J'ai immédiatement entrevu un avenir radieux pour nous deux, un quotidien aimant et serein où je porterais ma robe d'hôtesse pour aller travailler (c'est-à-dire monter l'escalier qui sépare mon petit-dej de mon bureau) et grace à laquelle je pourrais enfin répondre fièrement au facteur à toute heure de la matinée! Finie la honte d'ouvrir la porte en pyjama, à tel point que le facteur ne me reconnaît JAMAIS quand on se croise en vrai dans la rue (et que je suis habillée, donc).

Et impossible à prendre en photo en plus, ce truc.
Je vous jure qu'elle est mieux en vrai...
Je porte ma robe d'hôtesse au moment où j'écris ces lignes (j'adore ce genre de phrases, pas vous? On s'imagine tout de suite la fille partie à l'aventure sur un trois-mâts du XVIIIème siècle et qui écrit à sa famille pour leur confier qu'elle s'est embarquée pour faire le tour du monde. En réalité, je suis simplement à mon bureau vêtue de ma robe d'hôtesse et de toute façon le tour du monde en bateau ce serait parfaitement ridicule, j'ai pas les entrailles compatibles.) Et donc je porte ma robe d'hôtesse et je confirme: c'est une super tenue de travail.
Reste à savoir si elle ne va pas se déformer au bout de trois jours, le potentiel de la robe en laine à se transformer en sac étant terriblement élevé.







8 commentaires:

  1. Je suis encore morte de rire après la lecture de ton article!!! Quel talent d'écrivain (vaine ?). Je trouve qu'après une longue, difficile et coûteuse gestation, le résultat est très réussi. Cette robe d'hôtesse doit être bien confortable, le facteur a dû remarquer aussi !! Il te reste aussi de quoi tricoter, on attend donc la suite de l'aventure. Je te souhaite de joyeuses fêtes et une belle nouvelle année pleine de créations et d'humour ! bises, annie35

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    1. Mille mercis Annie, mais n'en jette plus! Les autres lecteurs de ce blog vont croire que je m'autocongratule sous couvert de pseudo! (Avis aux autres lecteurs de ce blog: ce n'est pas moi qui me jette des fleurs en signant Annie35. J'ai quand même d'autres choses à faire, non mais.)

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  2. Moi je veux connaître la réaction du facteur face à ce nouveau toi en robe d hôtesse, savoir si il recherche L autre femme en pyjama ?! Je me comprends ! Bravo pour le courage, le folie du tricot à 3000 mètres ! 😉

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    1. Petite pensée pour toi ce matin parce le facteur est passé! Hélas, il était tôt, j'étais en pyjama et j'ai pas eul le temps d'aller sauter dans ma robe d'hôtesse avant d'aller ouvrir... BOn, de toute façon, c'était un autre facteur, un inconnu, donc mon facteur habituel ne sais pas encore que mon moi en pyjama a été remplacé...

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  3. Moi je l'aime bien cette robe, je trouve qu'elle mériterait de s'afficher hors de la maison.
    Et je confirme qu'Annie35 existe, à moi aussi elle fait plein de gentils compliments !

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    1. Merci Michèle! Ouais, je tenterais une sortie. D'abord au café tricot, histoire d'être en terrain conquis!

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  4. Verdict ? Déformation ou non-déformation ? :) Joyeuses fêtes !

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  5. je me demande aussi comment ça vieillit ce type de robe?
    en tout cas, le facteur ne risque pas de te reconnaître à la ville non plus si tu ne la portes que pour le bureau :D

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